Comment un producteur gagne de l’argent ?

Quels sont les revenus d'une société de production ? 
Comment se rémunère un producteur ?
Comment gagne-t-il de l'argent ?

Dans un précédent article, je vous ai expliqué comment fonctionnait un producteur quand il choisissait un projet. Quelles étaient ses contraintes, ses obligations.

Dans cet article, je vais vous expliquer les différents types de producteurs, comment un producteur finance un film, comment il fait entrer de l’argent dans les caisses de sa société et comment il se rémunère personnellement.

Commençons par définir les différents types de producteurs.

Les différents types de producteur

Vous avez sans doute constaté dans les génériques des films, téléfilms et documentaires qu’il y a en général 3 types particuliers de producteurs. À savoir :

• Producteur délégué

Le producteur délégué est en général à l’origine du projet. C’est au producteur délégué que le scénariste cède ses droits. Il choisit le réalisateur, valide le casting, les musiques, etc.

C’est lui qui signe les contrats permettant de disposer de tous les droits nécessaires au tournage et à l’exploitation des films. Il est le responsable légal et garant de la bonne fin d’un film.

Le producteur délégué définit le coût global du film et s’occupe essentiellement de son financement. Sa rémunération est multiple.

• Producteur exécutif

Le producteur exécutif est en charge du tournage et souvent de la post-production et des finitions du film. Il travaille sous la responsabilité du producteur délégué.

Il ne participe pas directement au financement du film. C’est le producteur délégué qui lui paie les coûts de fabrication – tournage, postproduction et finitions – du film.

Il engage et rémunère les techniciens, les comédiens. Il loue le matériel, les décors, les véhicules nécessaires. Il gère la fabrication du film en respectant le budget alloué et validé par le producteur délégué.

La rémunération du producteur exécutif est comprise dans le coût de fabrication du film.

• Producteur associé

Le producteur associé se borne en général à investir une somme d’argent dans le financement du film en échange d’un pourcentage des recettes. Le producteur associé ne participe pas à la production du film, c’est un pur financier, contrairement à un coproducteur qui est généralement plus impliqué. Sa rémunération dépend donc uniquement du succès ou non du film.

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Le financement d'un film

En général, c’est le producteur délégué qui s’occupe du financement d’un film.

Le mode de financement varie quelque peu suivant que le film soit destiné au cinéma ou à la télévision, mais dans l’ensemble, le processus est le même.

Évaluer le coût du film

En se basant sur la dernière version du scénario, le producteur délégué fait établir un premier devis du film afin d’estimer son coût et sa faisabilité.

Le coût du film ayant été estimé, le producteur délégué débute la recherche de financement en sollicitant différents guichets et partenaires dont voici une liste, non exhaustive :

Les aides sélectives du CNC

Elles sont nombreuses et souvent spécifiques à certains types et genres de films, téléfilms ou documentaires. Leur attribution est aléatoire, souvent incompréhensible, voire incohérente.

Les aides automatiques du CNC

Elles se présentent sous 2 formes :

• Le Cosip pour tous les projets destinés à la télévision.

• Le Compte de Soutien pour tous les projets cinématographiques.

Les aides automatiques sont garanties, mais uniment disponibles si vous avez déjà produit un ou plusieurs films. Interdites donc aux producteurs débutants qui devront s’en remettre aux décisions iniques des aides sélectives.

Le système est simple : l’exploitation de vos films en salle de cinéma et de vos téléfilms et documentaires à la télévision génère, d’après un savant calcul révisé chaque année, une somme d’argent qui est mise à votre disposition sur un compte réservé pendant une durée déterminée. Cette somme d’argent est destinée à financer vos prochains projets cinématographique ou télévisuels.

Les aides régionales

Il y en a autant qu’il y a de région. Pour tous les types et genres de films. Ces aides aléatoires sont soumises à certaines règles d’attribution : tournage dans la région, emploi de techniciens et comédiens locaux, etc.

Le distributeur

Le producteur délégué prévend les droits d’exploitation du film à un ou plusieurs distributeurs pour l’exploitation en salle en France et à l’étranger, ainsi que pour les diffusions TV à l’étranger.

Le ou les diffuseurs TV

De la même manière que pour le distributeur, le producteur délégué prévend les droits d’exploitation TV à un ou plusieurs diffuseurs français et/ou étranger. Un ou plusieurs diffuseurs peuvent répartir leur participation en partageant leur financement entre achat de droits de diffusion et part de coproduction.

Les aides européennes : Eurimages - Média

Ces aides sont sélectives et aussi diverses qu’il y a de genres et de types de films. Elles sont plafonnées et souvent assujetties à des prérequis assez sélectifs qui écartent les jeunes producteurs.

Les SOFICA

Une SOFICA est un financement privé géré par une banque. C’est un placement financier dans le cinéma qui génère un pourcentage de rémunération à ses souscripteurs. Avec le risque de tout perdre en cas d’échec du film au box-office.

La PROCIREP

Un petit financement aléatoire sélectif réservé aux producteurs grâce aux surplus de droits à la copie privée.

Le crowdfunding

Financement grand public de plus en plus répandu pour les courts métrages de fiction, les premiers films et productions difficiles. Certains projets ont réussi à lever plus de 200 000 €.

Les autres sources de financement

Il existe beaucoup d’autres formes de financement pour les films de cinéma comme pour les téléfilms ou les documentaires. Plusieurs intervenants peuvent intervenir en tant que coproducteur comme d’autre société de production, des diffuseurs, des prestataires, des organismes privés.

Le producteur délégué finance aussi souvent une partie du film par lui-même. Soit en apportant des liquidités, soit en mettant tout ou partie de ses rémunérations en participation contre un pourcentage sur les recettes.


Si j’ai pris le temps de détailler les différentes sources de financement, c’est surtout pour insister sur le fait que la plupart d’entre elles sont 
très aléatoires. C’est pourquoi, en plus d’un excellent scénario, la notoriété d’un réalisateur et surtout la notoriété des actrices et acteurs sont indispensables à la faisabilité d’un film.

Un financement aléatoire et un résultat d’exploitation aléatoire rendent de fait une partie des rémunérations également aléatoires.

Il est temps de détailler enfin ces différentes rémunérations.

La rémunération des différents producteurs

Le producteur délégué prend tous les risques tant financiers que légaux. Il devrait donc percevoir la meilleure rémunération. Ce n’est malheureusement pas toujours le cas !

Les producteurs associés et les différents coproducteurs

Ils se rémunèrent à travers un pourcentage sur les différentes recettes. Le pourcentage est défini en fonction de leur apport par rapport au coût global du film.

L’importance de leur apport définit également leur position dans l’attribution des rémunération.

Le producteur exécutif

Sa rémunération est décidée lors de l’établissement du devis. C’est soit un pourcentage sur le montant total du devis, soit une somme forfaitaire décidée d’un commun accord avec le producteur délégué.

Le producteur exécutif définit également un pourcentage de frais généraux destinés à rémunérer les employés de sa société de production et à couvrir les différents frais de gestion.

Le producteur exécutif peut également mettre une partie de sa rémunération et ses frais généraux en participation et devenir coproducteur du film. Il parie alors sur le succès du film en espérant une meilleure rémunération sur les recettes d’exploitation.

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Le producteur délégué

Le producteur délégué peut se rémunérer directement sur le financement du film à travers un pourcentage sur le budget global du film.

Il perçoit également un pourcentage de frais généraux pour couvrir les coûts de fonctionnement de sa société de production.

S’il est à la fois producteur délégué et producteur exécutif, il peut cumuler les 2 rémunérations, mais ne garde qu’un seul pourcentage de frais généraux.

À l’usage, le producteur délégué compte une rémunération et des frais généraux maximum, mais n’en prend qu’une partie – en général les frais généraux – et place le reste en participation, augmentant ainsi ses parts sur le film.

Le système de rémunération des producteurs permet donc à certaines sociétés d’engranger de belles sommes et à certains producteurs de s’enrichir. Enfin, tant que l’exploitation des films produits couvre au minimum les sommes engagées dans leurs fabrications.

Ce système est plus favorable aux producteurs établis et rend la tâche plus aléatoire aux nouveaux entrants. Pourtant, ce sont eux qui prennent généralement le plus de risques en cherchant les nouveaux talents et en s’impliquant plus que de raison pour arriver à boucler les financements.

Les jeunes scénaristes trouveront donc une oreille plus attentive chez les jeunes producteurs, mais trouveront de meilleures rémunérations chez les gros producteurs moins disponibles et plus sélectifs. Voilà une équation qu’il est souvent difficile à équilibrer.

À titre d’exemple, j’ai comptabilisé la majeure partie de mes rémunérations en étant producteur exécutif pour des productions étrangères venant tourner en France ou pour des productions françaises cherchant à déléguer certaines tâches.
J’ai pu ainsi financer la plupart des projets de création que j’ai produits, souvent seul ou avec des coproducteurs privés.
Je n’ai pratiquement jamais été aidé par le CNC qui a toujours snobé les projets que je présentais, trop commerciaux à leur goût. Ils ont pourtant tous été diffusés en France ou à l’étranger. L’un d’entre eux, un court métrage de fiction m’a même rapporté près de 1000€ net de recette d’exploitation.

Pour terminer, je dirai donc que la production de films est une activité excessivement aléatoire qui procure des sensations autant extrêmes que diverses, mais dans laquelle une rémunération n’est jamais vraiment garantie.

La plupart des producteurs que j’ai côtoyés se sont lancés dans ce métier plus par passion du cinéma que pour gagner de l’argent. Certains ont su gravir les échelons et sont maintenant bien installés beaucoup d’autres, comme moi, ont cessé leur activité faute de trésorerie, de financements, de soutien, de compréhension des organismes de tutelles. C’est malheureusement autant d’opportunités en moins pour les jeunes scénaristes.

© Jean-Walter 2020

Crédits photos :
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9 réflexions sur “Comment un producteur gagne de l’argent ?”

  1. Bonjour Jean Walter et merci pour toutes ces précieuses informations.

    Je ne parviens néanmoins pas à trouver ce que je recherche : quelles sont les obligations de remboursement du producteur délégué aux différents partenaires financiers ?

    Une fois que le distrib a remboursé son investissement et une fois déduit son pourcentage sur les recettes supplémentaires, j’imagine que le producteur délégué a des comptes à rendre à ses soutiens financiers, mais sont ils les mêmes selon qu’il s’agit d’un fond d’investissement, d’une aide publique, d’une chaine, d’un crédit l’impôt ?

    Si un investisseur me donne 1M et que le CNC me donne 200,000, y a t il une « sénorité » sur le re-dispatch des recettes ? l’investisseur aurait logiquement une plus grande part à récupérer que le CNC ? le CNC récupère t il d’ailleurs ses avances sur recettes ?

    Et y a t il des apports financiers que le producteur délégué n’a pas à rembourser ?

    Merci pour votre aide,

    Antoine

    1. Bonjour Antoine,

      Je commencerai par la dernière question. Oui, il y a des apports financiers que le producteur délégué ne rembourse pas : Les subventions, certaines aides aléatoires définies à un moment particulier comme « non remboursables », l’apport du compte de soutien automatique du CNC (puisqu’il est indexé sur les recettes des précédents films).
      Pour le reste, tout se négocie lors du montage financier du film. Chaque coproducteur, chaque investisseur négocie son pourcentage d’amortissement et son couloir de remboursement, puis son pourcentage après amortissement du film. Le producteur délégué se gardant également un pourcentage et un couloir de remboursement pour subvenir à certains frais et certaines obligations.

      Le CNC est souvent parmi les premiers à vouloir récupérer son investissement, même s’il fait souvent de grandes concessions. Surtout sur les premiers films. Les distributeurs et les diffuseurs, s’ils sont aussi coproducteurs, demandent en général à être dans les premiers à se rembourser sur les recettes.
      Si fait qu’il peut y avoir la majorité, voir la totalité des recettes qui partent prioritairement au remboursement d’un ou plusieurs coproducteurs.
      Cela arrive en cas de dépassement de budget. Un diffuseur peut accepter d’ajouter 1 ou 2 millions supplémentaires pour finir le film à condition de les récupérer dès le 1er euro de recette. Il peut ainsi prendre 90% des recettes (hors droits d’auteur) jusqu’à récupération de ces 1 ou 2 millions. Un autre couloir de remboursement prend place ensuite avec une répartition plus « égalitaire » pour chacun.

      Il arrive fréquemment que l’URSSAF soit dans les premiers à récupérer les charges sociales que le producteur délégué à volontairement, et en accord avec l’URSSAF, choisi de différer le paiement afin de conserver de la trésorerie pour le tournage du film.

      En résumé, certains investisseurs (l’état en général) sont prioritaires, quelque soit le montant de leur investissement, pour se rembourser rapidement. La priorité se négocie en fonction de circonstances particulières à chaque film. La production de film n’est pas une science exacte, loin de là !
      Les autres investisseurs prennent alors plus de temps pour se rembourser.
      À condition que les recettes suffisent à amortir, au minimum, le budget du film. Ce n’est pas toujours le cas. En moyenne, seuls 50% des films sont réellement amortis.
      Les restrictions de la Covid ont ruiné plus d’un producteur et plus d’un investisseur du cinéma.

      J’espère avoir répondu à vos interrogations.

      1. Mais pardon, j’ai du coup une dernière question, si vous voulez bien. J’ai cru comprendre que la part d’argent public pouvait monter à 40% du financement du film. Cela veut t il dire que 40% du financement du film n’a pas véritablement d’obligation de remboursement ? Est ce un argument que je peux utiliser si je vais voir un investisseur, pour le rassurer sur le moment où il va récupérer son argent ? il récupérerait son argent plus vite que s’il y avait 40% à rétribuer à d’autres avant lui… mais je ne sais pas si ma logique se tient.

        1. Cet argument ne tient pas. Il y a des aides publiques qui entrent dans les 40% et qui sont remboursables. Agissez au cas par cas. Prévoyez des couloirs de remboursement justes et équitables. Vous les modifierez en fonction des aléas de la production.

          Pour les investisseurs privés il y a les SOFICA. Un investisseur privé ne peut pas être coproducteur. Il peut, à titre purement privé et en dehors du cadre des SOFICA, faire un don et défiscaliser ce don. Il peut contribuer, à travers une société, en échange d’un placement de produit.
          La production d’un film est très encadrée. Le producteur exécutif doit obtenir un agrément du CNC pour pourvoir exploiter le film en salle.
          Sinon cela relève de la production audiovisuelle avec quelques règles différentes selon le cas.

  2. Merci pour ces explications claires.
    Cependant je me pose la question des financements et de leurs fiscalités.

    En somme, comment doit être déclaré une aide, une subventions, un crowdfunding, ou un apport privé ?
    Cette partie est assez flou.

    Est ce que par exemple, pour une aide ou un crowdfunding ces apport doivent être déclaré comme revenu et taxés en conséquence ?

    Merci pour cette aide précieuse.

    1. Les aides, subventions, apports privés et crowdfunding ne sont pas soumis à la TVA. Par contre, ils entrent dans le financement du film et donc dans le bilan particulier du film, et par rebond dans le bilan de la société de production.
      Chaque film est « immobilisé » jusqu’au jour de sa mise en exploitation. À compter de ce jour il dispose d’une période d’amortissement plus ou moins longue en fonction de sa durée et de son ou ses types d’exploitation. Le résultat comptable de chaque film entre ensuite dans le calcul de l’imposition de la société de production, ou pas !
      Toutes ces questions sont gérées, au sein d’une société de production par des administrateurs et des comptables.
      La personne qui effectue un apport privé (particulier ou société) peut défiscaliser le montant de son apport d’une manière ou d’une autre. Là également cela dépend du type d’apport, du montant et de la personne (physique ou morale) qui effectue l’apport.
      Je n’ai pas suivi les dernières évolutions des lois fiscales sur ces sujets depuis que j’ai lâché la production. Si vous souhaitez plus de détail sur ces opérations, rapprochez-vous plutôt d’un comptable spécialisé.
      J’espère, néanmoins, avoir pu vous apporter certains éclaircissements.

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